Fanny Pasquet n’a pas toujours rêvé de devenir podiatre. C’est un peu par hasard qu’elle découvre ce programme méconnu, mais qui marque un véritable tournant :  elle y voit l’occasion idéale d’allier science médicale, contact humain et entrepreneuriat durable. Nous avons été à sa rencontre pour en apprendre davantage sur la Clinique podiatrique Béland Pasquet, où elle met cette vision en pratique au quotidien.

Un coup de coeur inattendu

Fanny a toujours été animée par une grande curiosité, ce qui a compliqué son choix de carrière. Attirée par des domaines aussi variés que la médecine vétérinaire, le marketing ou l’histoire de l’art, elle s’accorde une année sabbatique à la fin du cégep pour faire le point. Une pause marquante, remplie de découvertes et d’un goût prononcé pour les voyages!

Alors que les dates limites universitaires approchent, elle se met à explorer à la loupe divers programmes et tombe, un peu par hasard, sur le doctorat de premier cycle en médecine podiatrique de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). À la lecture du plan de cours, un déclic se produit : elle découvre un programme rigoureux et varié, dans un domaine encore jeune, qui offre une belle marge de manœuvre pour entreprendre, innover et répondre à une demande croissante – loin de la saturation d’autres professions de la santé.

Fanny Pasquet, podiatre et entrepreneure.

C’est là qu’elle rencontre Raphaël Béland, qui deviendra son partenaire d’affaires. Originaire de Drummondville, Raphaël y a complété ses études préuniversitaires avant d’entreprendre un baccalauréat en pharmacologie à l’Université de Sherbrooke, dont il est diplômé en 2015. Il a ensuite poursuivi à la maîtrise en physiologie, avec une spécialisation en endocrinologie, qu’il a terminée en 2018. Fort de ce parcours déjà remarquable, il amorce par la suite un doctorat de premier cycle en médecine podiatrique, au sein de la même cohorte que Fanny.

Rapidement, une complicité professionnelle s’installe. Tous·tes deux partagent l’ambition d’ouvrir une clinique à Sherbrooke et, plutôt que de se voir comme des concurrent·es, choisissent d’unir leurs forces pour concrétiser ce projet commun.

Puis, comme bien d’autres, leurs stages sont suspendus et leurs études mises sur pause lorsque la pandémie frappe. Loin de se laisser décourager, Fanny et Raphaël mettent ce temps à profit pour bâtir les fondations de leur projet : création d’un plan d’affaires, visites de cliniques, échanges avec des pairs et et même repérage du futur local. C’est ainsi qu’est née la Clinique podiatrique Béland Pasquet, une clinique à leur image : humaine, accueillante et engagée. 

Un podiatre pointe un écran contenant la radiographie d'un pied.

Une profession méconnue mais essentielle

La podiatrie demeure un domaine encore méconnu au Québec. À ce jour, l’UQTR est le seul établissement au Canada à offrir le programme dont Fanny et Raphaël sont diplômés depuis 2021. Pourtant, son rôle est fondamental : « C’est un peu comme le dentiste, mais pour les pieds », résume Fanny avec simplicité. Peau, ongles, muscles, tendons : les podiatres prennent en charge l’ensemble des affections du pied qui ne sont pas des maladies du système.

À la Clinique podiatrique Béland Pasquet, Fanny, Raphaël, et leur équipe accueillent une clientèle très diversifiée : des tout·es-petit·es qui apprennent à marcher jusqu’aux aîné·es centenaires.  Leur offre de soins est vaste et adaptée : fabrication d’orthèses, chirurgies mineures, traitement des ongles incarnés, biopsies de lésions cutanées, analyses de démarche (notamment pour les coureur·euses), soins podiatriques pour les personnes en perte d’autonomie, et plus encore.

Avec le vieillissement de la population et l’accès limité aux médecins de famille, la demande pour ce type de services est en forte croissance. Pour Fanny, cette profession est profondément gratifiante, car au-delà de l’amélioration de la qualité de vie, elle permet parfois d’agir rapidement, de prévenir des complications et, dans certains cas, de poser un geste qui sauve.

Une clinique qui soigne… et qui s’engage

Dès les premiers jours, Fanny et Raphaël ont fait un pari : rester fidèles à leurs valeurs, même si l’accès au financement représentait un défi. Résultat : une clinique pensée de manière responsable. Bâtiment avec espaces verts, support à vélos, bornes de recharge : tout est mis en œuvre pour favoriser des habitudes durables.

Leur conscience environnementale s’aiguise aussi en observant les pratiques du milieu de la santé, notamment la quantité importante de déchets générés par l’usage unique d’équipements médicaux (seringues, gants, masques, etc.). Leur réponse à cette réalité : innover pour minimiser leur empreinte écologique.

Comment? En repensant, entre autres, leur méthode de moulage d’orthèses. Adieu le plâtre, exigeant en eau et dépendant du transport vers un laboratoire externe, pour une mousse plus légère, recyclable et économe en ressources. Mieux encore, la clinique se dote d’un scanner numérique 3D, éliminant entièrement les déchets liés à ce processus. Le moulage se fait désormais sur place et les données sont transmises électroniquement au laboratoire, sans transport ni matière résiduelle.

Raphaël Béland en rencontre avec une patiente, examine les pieds de celle-ci.

Leur engagement s’étend dans tous les aspects de la clinique : numérisation complète des dossiers, produits d’entretien écologiques, et partenariat avec une entreprise de Magog qui transforme les déchets médicaux en briques de construction. Deux boîtes de 150 litres de matière y sont d’ailleurs recyclées tous les deux mois. Résultat : une réduction globale des déchets de la clinique de 50 à 70 %. Pour Fanny et Raphaël, investir davantage pour réduire leur impact allait de soi, malgré les coûts supplémentaires. 

L’approche profondément humaine de leur pratique complète bien cette vision environnementale. Leur conviction que la transition écologique se fait aussi par le partage a mené à la fondation d’un groupe Facebook pour favoriser les échanges sur les pratiques écoresponsables entre podiatres de Sherbrooke. Un second groupe, dédié à la formation continue, a également été créé, organisant des « journal clubs » collectifs pour rompre l’isolement professionnel et favoriser la collaboration entre cliniques. Même le choix de leur local reflète cette volonté : situé près de plusieurs résidences pour personnes âgées, il favorise un service de proximité, accessible et à échelle humaine.

Apprendre à tout faire

Être entrepreneure, c’est apprendre à tout faire — et Fanny en a vite pris conscience. En ouvrant la clinique, elle ne pensait pas se retrouver un mardi après-midi à magasiner de l’insecticide pour fourmis ou devoir faire les démarches pour assécher un mur suite à un dégât d’eau. Loin de s’en plaindre, elle trouve dans cette diversité de tâches un rythme qui la stimule. Heureusement, elle et son partenaire se complètent parfaitement : lui, la rigueur cartésienne, elle, la créativité, et surtout une vision commune. Aller à la rencontre des gens, assister à des événements ou donner des conférences est aussi devenu un plaisir inattendu. Son talent de communicatrice s’exprime pleinement, et son intérêt pour le marketing trouve enfin sa place.

Mais Fanny sait qu’elle est d’abord et avant tout podiatre. Et comme toute bonne entrepreneure, elle sait quand s’entourer. Elle a notamment fait appel à la Brigade conseil d’Evol pour approfondir ses compétences en ressources humaines, médias sociaux et développement durable.

Son conseil aux futur·es entrepreneur·es suit cette lancée :  échangez avec ceux qui ont déjà traversé le même chemin. Avant d’ouvrir la clinique, elle-même a exploré une quinzaine de cliniques, de Gatineau à Montréal, en passant par Shawinigan, Trois-Rivières et Drummondville et a discuté avec leurs podiatres. Dans ce petit milieu, la solidarité est réelle : elle a pu étudier leurs plans d’architecte, bénéficier de leurs conseils, voir des exemples de plans d’affaires et même de premières commandes. Bref pour elle, poser des questions et s’entourer d’experts, c’est la clé.

Photo de la salle d'entrée de la clinique Podiatrique Béland Pasquet, incluant un bureau d'accueil et des chaises.

La fierté d’avoir osé

Pour Fanny, c’est une immense fierté de voir que les efforts investis lui permettent aujourd’hui de vivre de sa passion, en toute autonomie. Elle est également très fière de la réputation que l’équipe est en train de bâtir — un gage de professionnalisme qui rayonne bien au-delà de leur clinique.

Leur approche collaborative, notamment avec des professionnels de la santé comme des chiropraticiens, des physiothérapeutes et des médecins, renforce la qualité des services offerts. À la Clinique podiatrique Béland Pasquet, chaque patient·e reçoit une attention personnalisée : on prend vraiment le temps. Pas de consultations expéditives ni de va-et-vient entre les salles. Et les gens le remarquent.

Cette approche humaine et engagée aura d’ailleurs valu à Fanny et Raphaël le prix de la Nouvelle entreprise de l’année au Gala reconnaissance Estrie en 2023, moins d’un an après l’ouverture — un moment marquant de leur parcours entrepreneurial.

Pour la suite? Fanny et Raphaël souhaitent continuer à faire grandir la clinique en augmentant les disponibilités du podiatre qui les accompagne et en embauchant de nouvelles ressources comme un·e infirmier·ère en soins de pieds pour répondre à la demande croissante.

Leur objectif : élargir leur clientèle et l’éventail de services, tout en renforçant leurs liens avec d’autres professionnels de la région. Dans un contexte de pénurie de services et d’accès difficile aux soins, cette collaboration interdisciplinaire devient essentielle.

Et surtout, ils souhaitent contribuer à faire connaître la podiatrie, une profession essentielle qui mérite de sortir de l’ombre.

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Fanny et Raphaël peuvent compter sur l’accompagnement de Nathalie Lehoux, directrice régionale en Estrie, qui cumule plus de 30 ans d’expérience dans le milieu des affaires. Si son leadership mobilisateur et son aisance à relever de grands défis sont bien connus, c’est surtout sa bienveillance et sa réactivité qui ont marqué Fanny et Raphaël. Un accompagnement à la hauteur de leur ambition!

Grâce à l’engagement de précieux partenaires : Économie Québec, par l’entremise de son mandataire Investissement Québec, le gouvernement du Canada, la Banque Nationale, la Banque de développement du Canada (BDC), le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction, Evol dispose d’une enveloppe d’envergure pour soutenir, par le biais de prêts conventionnels, des entreprises à propriété inclusive et diversifiée, générant des impacts sociaux et environnementaux positifs alignés sur les objectifs de développement durable de l’ONU (ODD).

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Pour en apprendre davantage sur la
Clinique podiatrique Béland Pasquet