
La croissance d’une entreprise retient souvent toute l’attention. Pourtant, un autre moment charnière mérite d’être planifié avec tout autant de rigueur : son transfert. À l’occasion d’un webinaire présenté en collaboration avec l’Ordre des CPA du Québec, André Filion, CPA et CRHA, qui accompagne depuis plus de 20 ans des organisations dans leur processus de transfert et de reprise, a rappelé une vérité essentielle : un transfert d’entreprise ne s’improvise pas et surtout, il ne se résume pas à une transaction financière.
Le repreneuriat au Québec : une vague bien réelle
Le Québec est à l’aube, voire déjà au cœur, d’une importante vague de transferts d’entreprises. En 2022 seulement, plus de 9 300 PME ont changé de main, représentant près de 5 % des entreprises actives. Derrière ces chiffres : 144 000 emplois maintenus et des milliards de dollars en retombées économiques préservées.
Ce qui a changé? Il y a quelques années à peine, il fallait convaincre les entrepreneur·es de planifier leur relève. Aujourd’hui, la prise de conscience est bien amorcée autant du côté des entreprises que des institutions. L’enjeu n’est plus de savoir si le transfert est important, mais comment le réussir.
Plusieurs voies pour passer le flambeau
Il n’existe pas de recette unique, mais trois grandes options structurent la majorité des transferts :
La relève familiale
Souvent privilégiée pour assurer une continuité, elle comporte néanmoins son lot de défis : confusion des rôles, tensions potentielles, complexité du processus des transferts intergénérationnels et nécessité, pour la relève, de prouver sa légitimité.
La reprise par des employé·es clés
Une option naturelle lorsque des talents internes connaissent bien l’entreprise. Mais attention aux dynamiques d’équipe et aux potentiels conflits entre employé·es.
L’acquisition externe
Elle offre une option de croissance rapide pour l’acheteur. En contrepartie, elle peut entraîner des chocs culturels, des pertes de talents ou des réorientations stratégiques.
Parmi les autres options, les reprises mixtes, combinant relève interne (famille ou employé·es clés) et partenaires externes, permettent souvent de concrétiser la transaction grâce à l’apport d’investisseurs. Car dans les faits, une grande part du patrimoine de la personne cédante est liée à son entreprise : pour en tirer pleinement valeur, un financement externe devient fréquemment nécessaire.
Les investisseurs privés ou institutionnels peuvent aussi financer des transactions de transfert, soit en injectant de la dette ou en investissant directement dans le capital action, généralement avec une perspective de rendement à moyen terme.
Plus rarement, certaines entreprises optent pour l’entrée en bourse, un scénario réservé à celles capables d’attirer des investisseurs à plus grande échelle.
Dans tous les cas, une constante : chaque scénario comporte des risques. L’enjeu est moins de choisir la meilleure option que de trouver celle qui est la plus alignée avec les objectifs et les valeurs des parties prenantes.
Un processus plus long (et plus exigeant) qu’on ne le croit
Saviez-vous qu’en réalité, un transfert d’entreprise s’échelonne généralement sur une période de 2 à 7 ans. Pourtant, de nombreux entrepreneur·es souhaiteraient conclure le processus en quelques mois.
Pourquoi cet écart?
Parce que le processus est plus complexe, ardu et long que ce que les gens voudraient et ce, tant du côté des cédant·es, que des repreneur·es. Il faut réaliser qu’un transfert implique une multitude de facteurs, d’où l’importance de s’y prendre tôt :
- la présence de plusieurs parties prenantes
- la complexité du montage financier
- les relations interpersonnelles
- et le contexte organisationnel et régional
Plus ces éléments sont nombreux, plus le processus demande du temps, de la coordination, et surtout, de la patience.
Les grandes étapes d’un transfert d’entreprise réussi
Un transfert d’entreprise s’articule autour de quatre phases clés. Et si la transaction peut sembler rapide sur papier, elle ne représente qu’une fraction du processus, qui exige surtout un travail soutenu bien avant et bien après.
1. Explorer les options de relève
2. Choisir qui composera la relève, quelle(s) personne(s)
3. Cohabiter, le temps d’une transition progressive
4. Se retirer, en laissant place à la nouvelle direction
Fait intéressant : les moments les plus critiques ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Les principaux risques de dérapage surviennent souvent avant ou après la transaction elle-même.
Les clés pour réussir sa relève
Certains facteurs font toute la différence pour un transfert réussi :
- S’entourer tôt : offrez vous un accompagnement indépendant afin de naviguer ce processus avec plus de sérénité.
- Impliquer les bonnes personnes : validez et considérez les intérêts des multiples parties prenantes et ne sous-estimez pas le pouvoir d’influence de certaines d’entre elles.
- Investir dans les relations : investissez du temps et du cœur dans vos relations avec la personne cédante (ou les personnes) et autres parties prenantes clés, car après tout, un transfert d’entreprise est beaucoup une affaire humaine.
- Co-construire la suite : profitez de la belle occasion qu’offre le transfert d’entreprise pour co-créer un plan d’affaires et de transfert étoffé à court, moyen et long terme, ce qui facilitera grandement la cohabitation.
- Structurer la gouvernance : mettez en place un mécanisme de gouvernance – conseil d’administration, comité aviseur ou familial – selon le type de transfert d’entreprise et les parties prenantes impliquées.
N’oubliez pas : le transfert d’entreprise est un exercice de collaboration avant tout.
Préparer aujourd’hui pour transmettre demain
Transmettre son entreprise, ce n’est pas seulement tourner une page, c’est aussi en écrire une nouvelle, pour soi comme pour l’organisation.
Dans un contexte où les occasions de repreneuriat se multiplient, une chose devient claire : les entreprises qui réussiront leur transfert seront celles qui auront su l’anticiper, le structurer, l’humaniser et se faire accompagner par des professionnels tout au long de ces étapes.
Pour aller plus loin et mieux outiller votre réflexion, prenez le temps de visionner le webinaire et d’explorer les conseils partagés par André Filion.
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Pour regarder le webinaire Planifier sa relève et sa sortie en 20 minutes :