Financer une reprise d’entreprise : conseils et pistes

Reprendre une entreprise, c’est bien plus qu’une transaction financière. C’est un projet entrepreneurial à part entière et une réelle occasion de faire évoluer une organisation déjà bien ancrée dans son milieu. Qu’il s’agisse d’un transfert familial, d’une relève interne ou de l’acquisition d’actions ou d’actifs dans une entreprise existante, le repreneuriat offre une voie d’avenir porteuse, tant sur le plan économique que social.

Chaque étape de ce processus demandant rigueur, vision et collaboration, il est d’autant essentiel d’être bien accompagné : encadrement juridique, financement, gestion du facteur humain, communication, et plus encore.

À travers les regards croisés d’expert·es chevronné·es de notre Brigade-conseil, cet article propose des repères concrets pour mieux comprendre les enjeux du repreneuriat et poser des bases solides — financières, humaines et stratégiques — pour une transition réussie et durable.

La reprise comme voie d’avenir

Me Grace Nehme, Avocate en droit des affaires et de l’immigration

Profil Brigade-conseil

Quels avantages concrets y a-t-il à acheter une entreprise déjà existante par rapport à bâtir une entreprise de zéro?

La reprise d’entreprise soutient une économie plus durable en évitant la fermeture de PME viables et le gaspillage de compétences, d’équipements et de réseaux. Elle protège des emplois, permet le transfert d’un savoir-faire, stabilise l’offre locale et maintien des services essentiels dans les communautés, notamment en région. 

Elle favorise aussi l’inclusion, car elle ouvre l’entrepreneuriat à des profils diversifiés qui n’ont pas nécessairement le temps ou les ressources de partir de zéro. C’est une façon concrète de transmettre la valeur déjà créée.

En quoi la reprise d’entreprise peut-elle contribuer à une économie plus durable et inclusive?

Acheter une entreprise existante permet de démarrer plus vite et avec plus de visibilité : clientèle établie, revenus récurrents, employés en place, fournisseurs connus et processus déjà testés. On bénéficie d’un historique financier utile pour négocier le financement et mesurer les risques. Contrairement au démarrage, où tout est à construire, la reprise permet de concentrer ses efforts sur l’amélioration, la croissance et la modernisation. Elle réduit souvent la période “sans revenus” qui fragilise plusieurs nouvelles entreprises.

Quelles tendances observez-vous actuellement dans le repreneuriat au Québec?

Au Québec, la vague de départs à la retraite accélère le transfert de nombreuses PME, créant à la fois des occasions et une pression pour bien se préparer. On voit davantage d’intérêt pour les entreprises en région, où la rareté de repreneurs rend l’accompagnement stratégique encore plus important. Les repreneurs sont aussi plus structurés : analyse financière, plan de transition, intégration des équipes, et attention à la continuité des opérations. Enfin, la transformation numérique et la relève de gestion reviennent souvent comme priorités dès les premiers mois.

Dans ce contexte, collaborer avec la Brigade-conseil d’Evol pour une reprise d’entreprise permet d’avoir accès à des professionnel·les multidisciplinaire jouissant d’une vaste expérience.

Relève interne, familiale et repreneuriat externe

Simon Gareau, Associé – Fiscalité, Raymond Chabot Grant Thornton

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Qu’est-ce qui distingue le plus une reprise dans un contexte de relève interne ou familiale en comparaison d’une reprise externe?

La distinction majeure entre une relève interne ou familiale et une reprise externe tient surtout à la relation entre les parties et au déroulement de la transition. Dans un contexte familial ou interne, les repreneur·es connaissent généralement l’entreprise, ses valeurs, ses employé·es et sa culture, ce qui facilite la transition, réduit les risques liés à l’intégration et sécurise les prêteurs institutionnels.

À l’inverse, une reprise externe est généralement plus transactionnelle. Ce type de reprise repose davantage sur une évaluation objective de l’entreprise et sur un processus de négociation et de vérification diligente plus formel que dans le cadre d’une reprise interne ou familiale.

À noter que le transfert intergénérationnel nécessite la transmission (contrôle) de l’entreprise à la juste valeur marchande, soit une valeur à laquelle on serait prêt à conclure avec un tiers. Depuis 2024, de nouvelles modifications législatives ont permis de faciliter les planifications fiscales dans le cadre des transferts d’entreprise intergénérationnels. Nous vous recommandons de consulter un fiscaliste pour obtenir plus d’informations.

Quelle est la différence entre l’achat d’actions ou l’achat d’actifs et quels en sont les avantages?

L’achat d’actions consiste à acquérir la société elle-même, incluant ses actifs, ses contrats, ses passifs et son passé. L’acheteur·euse devient donc responsable de tout passif éventuel, y compris ceux découlant de situations antérieures à la transaction. La vente d’actions est souvent privilégiée par les vendeur·euses, car elle lui permet de bénéficier de la déduction pour gains en capital, à condition que certains critères soient respectés, notamment que la société cible génère un revenu d’entreprise exploité activement.

À l’inverse, l’achat d’actifs est généralement privilégié par un·e acquéreur·euse puisque cela lui permet de sélectionner les éléments à acquérir (équipements, stocks, clientèle, certains passifs, etc.), limitant ainsi les risques liés au passé de l’entreprise. De plus, l’achat d’actifs permet à l’acquéreur·euse d’avoir un coût réel rajusté pour les actifs acquis. Cette approche est donc généralement plus sécuritaire et peut lui être fiscalement avantageuse, notamment grâce à l’amortissement des actifs acquis.

Ainsi, le choix entre l’achat d’actions ou l’achat d’actifs dépend des objectifs des parties, de la structure financière souhaitée, du niveau de risques identifiés et fait souvent l’objet de négociations entre les parties.

Quelles sont les conditions gagnantes pour une acquisition réussie et une transition en douceur?

Une acquisition réussie et une transition en douceur peut s’étendre sur plusieurs années et il ne faut surtout pas brusquer une transaction. Elle requiert une planification minutieuse et une compréhension des différents enjeux.

Il est crucial de s’entourer d’intervenant·es spécialisé·es de divers secteurs (fiscalité, juridique, comptabilité, ressources humaines, banquier, etc.) afin d’anticiper les enjeux et sécuriser une transaction.

La communication joue également un rôle essentiel et il importe de clarifier dès le départ les intentions de chacune des parties. En l’espèce, une acquisition réussie ne se limite pas seulement à une planification financière et fiscale, car le facteur humain joue une rôle primordial pour mener à terme une acquisition réussie.

La mise en place d’un plan d’intégration, incluant un transfert progressif des responsabilités, permet de contribuer à préserver la culture organisationnelle et les relations clés.

Enfin, une transaction réussie nécessite un accompagnement en amont et en aval des parties et il est primordial d’identifier les besoins et les attentes de chacune d’entre elles.

Les étapes clés du processus

Émilie Poirier, Présidente, MixoWeb

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Quelles sont les étapes importantes à ne pas négliger afin de bien orchestrer une relève entrepreneuriale interne ou familiale?

Le plus important est de prendre le temps. Une relève réussie ne se fait pas du jour au lendemain. Il est essentiel qu’il y ait une période significative où la personne cédante et la personne repreneuse travaillent conjointement, apprennent à se faire confiance et à se comprendre dans leurs rôles respectifs. Dans mon cas, cette transition s’est étendue sur plusieurs années, ce qui a permis un transfert graduel des connaissances, du leadership et de la crédibilité. 

Il faut aussi préparer tout l’écosystème de l’entreprise: l’équipe, la clientèle, les partenaires d’affaires. Une relève n’est pas seulement une entente entre deux personnes ou davantage, elle touche des humains qui ont besoin de repères, de stabilité et de clarté. S’assurer que chaque personne est prête et comprend pourquoi et comment les choses évoluent est fondamental.

Combien de temps est nécessaire pour mener à bien un processus d’acquisition?

Il n’y a pas de durée universelle selon moi, mais mon impression est que plus l’entreprise est grosse (plus de clientèle, plus de membres d’équipe, etc.), plus le processus gagne à être étalé dans le temps. Cela permet à la personne repreneuse de développer sa posture de leader, de gagner la confiance de l’équipe et des partenaires, et à la personne cédante de faire un réel détachement, à son rythme. C’est aussi un espace pour tester, ajuster et apprendre, sans pression excessive de temps. À mon sens, un processus bien mené n’est pas celui qui va vite, mais celui qui est solide et durable.

En quoi une bonne stratégie de communication contribue positivement à la pérennité de l’entreprise pendant qu’elle change de mains? 

La communication est un pilier central de la réussite d’une relève. Elle permet de réduire les zones grises, d’éviter les malentendus et de préserver la confiance, tant à l’interne qu’à l’externe. Communiquer clairement avec l’équipe en place rassure, mobilise et favorise l’adhésion au changement. Entre actionnaires, une communication ouverte et régulière permet d’aligner les visions et de prévenir les tensions inutiles. 

Dans mon cas, lors de ma reprise de l’entreprise de mon père, il était hors de question que cette transition mette en péril notre relation personnelle. La communication a donc été essentielle pour nommer les enjeux, respecter les limites de chacun·e et bâtir une relation saine pour le futur, autant sur le plan familial que professionnel.

Les options de financement

Carole Boucher, Conseillère aux entreprises, spécialisée en financement

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Comment évaluer ses besoins en financement et les différents scénarios possibles lors d’une reprise?

Tout d’abord, il faut bâtir un montage financier, intégrant à la fois le coût et le financement du projet. À partir du coût de l’entreprise à acquérir, il est essentiel de prendre en considération les projets que vous prévoyez réaliser dans les premiers mois suivant la reprise et d’en intégrer les coûts, au besoin : acquisition d’équipement, automatisation, refonte du site web, etc. Cette démarche permet d’obtenir une vision globale des ressources requises pour assurer la viabilité de l’entreprise.

Ensuite, du côté du financement, l’analyse débute par l’évaluation de votre mise de fonds, à laquelle s’ajoutent la balance de prix de vente, ainsi que l’ensemble des sources de financement mobilisables, telles que les prêts ou les subventions.

L’une des méthodes les plus efficaces pour évaluer les besoins supplémentaires en financement consiste à réaliser des prévisions financières, ou à tout le moins à établir un budget de caisse incluant les entrées et sorties de fonds. Cela permet de prévoir les fluctuations de liquidités sur un horizon de 12 à 24 mois et d’anticiper les besoins en fonds de roulement.

Quelles sources de financement sont les plus courantes pour une reprise aujourd’hui? 

En premier lieu, vous devrez, en tant que repreneur·e, injecter de l’argent pour constituer ce qu’on appelle « votre mise de fonds ». Cette mise de fonds peut provenir de vos économies, ou de sommes que des membres de votre famille ou amis vous prêtent (love money). Ensuite, il est recommandable que le vendeur vous finance une partie du prix de vente. Ce montant est appelé « balance de prix de vente » et est souvent exigé par les bailleurs de fonds.

Puis, sans aucun doute, vous devrez compter sur une institution financière qui vous supportera pour les besoins de liquidités à court terme : marge de crédit, cartes de crédit, etc. Tout dépendant des éléments inclus dans la transaction, il y aura d’autres partenaires à impliquer.  Par exemple, s’il y a un immeuble ou des équipements, vous pourriez avoir accès à des prêts à long terme. Il existe également des partenaires qui peuvent vous soutenir dans vos projets de reprise d’entreprise, dont Evol fait partie!

Quelles sont les erreurs financières à éviter lors d’une reprise?

Lors d’une reprise, il est primordial de prévoir des liquidités supplémentaires ou un fonds de roulement pour faire face aux imprévus et soutenir la croissance de l’entreprise. Il convient également de planifier les investissements futurs, comme l’acquisition de nouveaux équipements ou la refonte du site web par exemple, afin d’éviter de compromettre la santé financière de l’entreprise.

Enfin, il ne faut pas sous-estimer les frais de transaction, qui peuvent inclure les coûts liés aux contrats, aux honoraires et aux évaluations requises par des professionnel·les, notamment des notaires, des comptables ou des avocat·es. Une bonne planification de ces différents aspects financiers contribue à sécuriser le succès de la reprise.

Les défis fréquents… et comment les surmonter

Eliane Renaud, M.Ps. Psychologue organisationnelle, coach d’affaires, et experte humaine en transfert d’entreprise, ER consultation.

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Quelles erreurs courantes peuvent ralentir ou compliquer le processus de transfert et comment les anticiper?

L’erreur la plus courante est de ne pas prendre en considération l’aspect humain. Une reprise échoue rarement pour des raisons techniques, mais souvent par manque de communication, de confiance ou de considération entre les parties impliquées  et l’équipe. La culture d’entreprise, profondément enracinée, peut être fortement ébranlée par des changements trop rapides, entraînant le départ d’employé·es clés. 

Il est important que la personne repreneuse se mette en mode « apprentissage » afin de bien comprendre les leviers internes qui font le succès de l’entreprise (personnes clés, valeurs, pratiques de gestion et de reconnaissance, etc.), et qu’elle ne précipite pas les changements qu’elle souhaite apporter, tout en impliquant les joueurs clés dans leur mise en œuvre lorsque le temps sera opportun.

Quelles stratégies recommandez-vous pour maintenir ou améliorer l’efficacité organisationnelle au cours d’une reprise?

Une reprise est une transition qui demande du temps et se fait progressivement. Plus on a la chance de la planifier en avance, plus on met les chances de notre côté pour maintenir l’efficacité organisationnelle.

La période de transfert peut générer de l’anxiété chez l’ensemble des parties prenantes. Pour maintenir l’efficacité organisationnelle, il faut avant tout sécuriser les clients, les fournisseurs et surtout les employés, en instaurant un climat de confiance avant de viser la performance. Pour la personne repreneuse, cela implique de se présenter, de partager sa vision, ses aspirations et ses motivations avec l’équipe. Le transfert des connaissances, la clarification des rôles, l’implication des personnes clés et la réalisation d’un diagnostic organisationnel constituent autant de leviers déterminants pour renforcer l’efficacité et assurer une transition réussie.

Enfin, une reprise n’est jamais linéaire : il est important de faire des rencontres d’équipe régulièrement pour prendre le pouls, communiquer et ajuster les plans d’action, idéalement, avant, pendant et après le transfert.

Quelles compétences relationnelles et émotionnelles sont essentielles aux dirigeant·es pour faire d’une reprise un succès ?

Ce ne sont effectivement pas les compétences techniques, mais le leadership et le savoir-être qui permettront de mobiliser l’équipe, susciter l’adhésion et, ultimement,  assureront la réussite de la reprise. La nouvelle personne dirigeante doit savoir gérer son stress et ses émotions, communiquer avec clarté, inspirer par une présence humaine, s’affirmer avec tact et avoir le courage d’avoir des conversations franches, voire difficiles.

Au niveau stratégique, il lui faut avoir de la vision et le sens de l’innovation, une forte tolérance à l’adversité, une capacité à naviguer dans l’incertitude et à réagir aux imprévus avec justesse, pour n’en nommer que quelques-unes.

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La reprise d’entreprise n’est ni un raccourci ni un simple changement de propriétaire. C’est un processus exigeant qui mobilise des compétences financières, juridiques, humaines, relationnelles et, surtout, une capacité à avancer avec humilité, écoute et vision. Bien menée, elle devient un puissant levier de continuité, de croissance et d’impact positif.

Qu’il s’agisse d’acheter des actifs, d’acquérir des parts ou de s’inscrire dans une relève interne ou familiale, une reprise réussie repose sur une planification rigoureuse, un entourage solide et une attention constante aux personnes qui font vivre l’entreprise au quotidien. 

Prendre le temps, communiquer clairement et s’entourer des bons partenaires n’est pas un luxe : c’est une condition de succès. La Brigade-conseil met gratuitement à votre disposition des expert·es pour répondre à vos questions et vous outiller afin de progresser avec confiance.Vous souhaitez aller plus loin et amorcer votre réflexion de manière structurée? Participez au webinaire Planifier sa relève et sa sortie en 20 minutes, le 18 mars 2026. Un rendez-vous organisé en collaboration avec l’Ordre des CPA du Québec qui vous outillera pour traverser cette transition stratégique avec plus de clarté.