Texélan : donner un nouvel élan au recyclage textile

Chaque semaine, des milliers de sacs de vêtements prennent le chemin de l’enfouissement. Non pas parce qu’ils sont inutilisables, mais parce qu’ils n’ont tout simplement pas trouvé preneur. À cela s’ajoutent les retailles de fabrication, les rouleaux de tissus inutilisés, ainsi que les surplus de production et de marque. Une montagne de matières qui continue de grandir, souvent à l’abri des regards. Derrière cette réalité méconnue se cache un immense défi environnemental… mais aussi une formidable occasion d’innover.

C’est exactement ce qu’a vu Anne-Sophie Michel lorsqu’elle a fondé Texélan, une entreprise dont la mission est simple, mais ambitieuse : donner un nouvel élan aux textiles destinés à l’enfouissement. En moins de deux ans, elle est passée de tests réalisés sur sa table de cuisine à une production semi-industrielle en usine. Une progression rapide qui reflète bien sa façon d’entreprendre : avancer, expérimenter et ne jamais accepter qu’un problème n’ait pas de solution.

Une question qui est devenue une mission

Rien ne prédestinait Anne-Sophie à travailler dans le domaine du textile. Psychoéducatrice de formation, elle a consacré une grande partie de sa carrière au réseau de la santé et des services sociaux avant de lancer une entreprise de services-conseils en gestion.

Puis, au début de 2025, une idée germe. Inspirée par une entreprise française qui transforme des textiles en matériaux décoratifs, elle entreprend de comprendre pourquoi une telle approche est si peu répandue au Québec. « J’ai posé la même question à tout le monde : pourquoi il n’y a pas de recyclage textile au Québec? » nous raconte-t-elle. 

Elle multiplie les rencontres avec des spécialistes et des acteurs de l’industrie. Une même réponse revient constamment : recycler les textiles est extrêmement complexe.Il faut séparer les fibres selon leur composition, retirer les boutons, fermetures éclair et autres points durs, puis trouver un débouché pour chacune des matières. Un procédé coûteux, long et difficile à rentabiliser.

Beaucoup auraient conclu que le défi était trop grand. Anne-Sophie, elle, s’est demandé s’il était possible de répondre à cet enjeu autrement.

Anne-Sophie Michel, fondatrice de Texélan

Et si on arrêtait de vouloir tout séparer?

C’est là que naît Texélan.

Plutôt que de chercher une meilleure façon de trier les textiles, elle décide… de ne pas les trier du tout. Son objectif : développer un procédé capable de recycler les textiles sans les séparer par matière et sans retirer les points durs.

Les premiers essais prennent forme sur sa table de cuisine. Rapidement, elle s’entoure notamment d’une stagiaire qui est étudiante en génie chimique dont le mandat est de développer une colle biosourcée fabriquée à partir d’ingrédients simples et accessibles. À l’été 2025, un premier atelier lui permet de pousser les expérimentations plus loin. Puis, en mars 2026, Texélan franchit une nouvelle étape avec l’ouverture d’une usine à Saint-Apollinaire afin de passer à une production semi-industrielle.

Pour Anne-Sophie, l’innovation ne consiste pas seulement à inventer de nouveaux produits. Elle consiste surtout à remettre en question les contraintes que tout le monde considère comme insurmontables .

Un problème beaucoup plus grand qu’on ne le croit

En discutant avec Anne-Sophie, une chose devient rapidement évidente : le véritable défi n’est pas de trouver des textiles à recycler. C’est même tout le contraire.

Aujourd’hui, Texélan reçoit tellement de matières qu’elle doit en refuser la majorité. Les invendus d’une seule friperie située près de son usine suffisent déjà à dépasser sa capacité actuelle de transformation.

Cette réalité illustre l’ampleur d’un problème encore largement méconnu. Même lorsqu’on donne nos vêtements, une partie importante d’entre eux ne sera jamais revendue. Les friperies reçoivent tellement de dons qu’elles n’ont ni l’espace ni les ressources pour tout écouler. Résultat : des centaines de sacs de vêtements peuvent être jetés chaque semaine par une seule friperie.

« Ce n’est pas un problème de friperies. C’est un problème de surconsommation. » explique Anne-Sophie. 

Et tant que cette réalité perdurera, il faudra développer des solutions capables de redonner de la valeur à cette matière déjà existante.

Modèle de mannequin Sophia
Tuile décorative en textile recyclé
Modèle de mannequin Noah

Une multitude de possibilités

Les premiers produits de Texélan incluent des tuiles décoratives et des mannequins. Mais ils ne représentent qu’une première étape.

La véritable ambition d’Anne-Sophie est de transformer les déchets textiles en matériaux capables de remplacer des produits fabriqués à partir de ressources vierges. Elle imagine notamment des panneaux, des étagères murales, des matériaux d’isolation ou d’autres composantes destinées au secteur de la construction.

Son objectif est simple : offrir des produits qui possèdent les mêmes propriétés que leurs équivalents conventionnels, sans coûter davantage, tout en réduisant la quantité de matières envoyées à l’enfouissement.

Son ambition ne s’arrête pas là. Texélan développe déjà des produits fabriqués à partir des retailles textiles de ses propres clients et a même conçu un procédé permettant de recycler… ses propres produits recyclés.

Bien sûr, plusieurs défis demeurent, notamment les normes et certifications qui ne sont pas encore adaptées à ce type de matériaux innovants. Pour Anne-Sophie, transformer une industrie passe aussi par l’évolution des façons de faire.

Ne jamais dire qu’une idée ne fonctionnera pas

S’il y a une règle qui guide chacune des décisions chez Texélan, c’est celle-ci : ne jamais affirmer qu’une idée est impossible avant de l’avoir essayée… et pas juste une fois!

Toutes les expérimentations ne donnent pas les résultats espérés. Mais chacune permet d’apprendre, d’ajuster et d’avancer.

Cette philosophie explique sans doute tout ce qui a été accompli en si peu de temps. Elle explique aussi pourquoi Anne-Sophie s’est entourée d’un véritable écosystème de collaborateurs : stagiaires, universités, centres collégiaux de transfert technologique, partenaires, consultant·es, incubateurs et des allié·es engagé·es qui partagent la même volonté de contribuer à une solution porteuse de sens.

Aujourd’hui, son plus grand défi est de poursuivre cette croissance tout en trouvant les ressources nécessaires pour structurer la production. Car comme beaucoup d’entrepreneurs, elle doit encore partager son temps entre le développement des affaires, l’innovation et la production.

Lorsqu’on lui demande de quoi elle est la plus fière, elle répond sans hésiter : tout le chemin parcouru en si peu de temps. Un parcours n’a rien d’un long fleuve tranquille. « C’est un beau chemin, mais il est un peu raboteux », dit-elle en riant.

Mais une chose est certaine : tant qu’il restera des montagnes de textiles à détourner de l’enfouissement, Anne-Sophie continuera de chercher des solutions. Après tout, c’est précisément ce que signifie Texélan : donner un nouvel élan au textile.

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Anne-Sophie peut compter sur l’accompagnement de Dany Rodrigue, directeur régional de Chaudière-Appalaches. Méticuleux, professionnel et toujours prêt à rire, Dany accorde une grande importance au contact humain et à une préparation rigoureuse. Ce qu’il admire le plus chez les entrepreneur·es? Leur courage, leur détermination et leur capacité à avancer, même lorsque le chemin comporte son lot d’incertitudes. Pour lui, contribuer concrètement à la réalisation de leurs projets, c’est ce qui donne tout son sens à son rôle.

Grâce à l’engagement de précieux partenaires : Économie Québec, par l’entremise de son mandataire Investissement Québec, le gouvernement du Canada, la Banque Nationale, la Banque de développement du Canada (BDC), le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction, Evol dispose d’une enveloppe d’envergure pour soutenir, par le biais de prêts conventionnels, des entreprises à propriété inclusive et diversifiée, générant des impacts sociaux et environnementaux positifs alignés sur les objectifs de développement durable de l’ONU (ODD).

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